Pourquoi les attaques terroristes vont se poursuivre en France : la stratégie des « mille entailles ».

Attaquée sur son sol, la France doit renoncer à sa position défensive et adopter une posture de combat car les attaques vont se poursuivre.

Il n'y a plus de frontières entre nos opérations extérieures « OPEX » et nos opérations intérieures « OPINT ». Les actions terroristes ayant investi notre territoire, les assassinats planifiés sont devenus une déclaration de guerre à partir de l'affaire Mehra.

par David Hornus

« La stratégie des »mille entailles

Ce ne sont ni des fous, ni des loups solitaires, ce sont des soldats de « dieu » dont la stratégie est inspirée par le Syrien Abou Moussab al-souri qui a décrit dans un manuscrit détaillé de 1600 pages ce que devraient être les actes terroristes face aux préceptes religieux.
Ils vivent selon un modus operandi bien huilé avec une chaîne de commandement très courte et centralisée, proche du centre névralgique du djihad consistant à séduire des candidats pour mener des actions « décentralisées ». 

Les candidats agissent librement avec une réelle marge de manœuvre dans la mise en œuvre des instructions mais disposent d'unités de soutien qui les approvisionnent en armes. Ils n'ont de comptes à rendre à personne. Ils cherchent avant tout à réaliser des coups d'éclat contre l'ennemi. 

S'ils n'ont pas la puissance nécessaire pour vaincre leur ennemi, ils lui infligent de multiples blessures et le laissent finalement mourir. C'est ce qu'on appelle la « stratégie des mille coupures ». Le corps qui défend l'« ennemi » comme un bouclier se vide de tout son sang.

Destruction, enracinement, confrontation : Une tactique pour devenir un Imghimassi

La trame de ces « assassinats planifiés » a été méthodiquement décortiquée par les analystes et les unités anti-terroristes.

Le scénario est toujours le même et se déroule en trois phases : Destruction, Enracinement et Confrontation. D'abord une phase de tueurs (destruction), qui se déroule dans un laps de temps très court, de l'ordre de 30 à 90 minutes, ne laissant pas le temps aux unités d'intervenir. Un maximum de personnes sont donc tuées.

Vient ensuite la phase de retranchement, avec ou sans otages, pendant laquelle le ou les terroristes sont volontairement assiégés, ce qui permet aux forces armées de s'impliquer et de maintenir l'attention des médias sur l'action en cours pour lui donner plus d'impact lorsque la phase de confrontation finale « face à face » se jouera au moment de leur choix.

Ce scénario qui vise à donner la mort à un maximum d'ennemis en même temps qu'à soi-même, permet aux auteurs de devenir des Imghimassi et de figurer dans le panthéon djihadiste au dessus des moudjahdines et des chahids (martyrs).

Une accélération inquiétante des attentats au cours des huit derniers mois

Depuis les actions de Mohamed MEHRA, la litanie des attentats terroristes a connu une accélération sans précédent au cours des 8 derniers mois faisant 18 victimes :

7/9 janvier 2015 :

Les frères Chérif et Saîd Kouachi, qui se réclament d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP), tuent 12 personnes le 7 janvier au siège de l'hebdomadaire Charlie Hebdo à Paris, dont le directeur du journal, plusieurs dessinateurs vedettes et deux policiers. Les frères Kouachi s'enfuient et sont tués deux jours plus tard par les forces de sécurité.
8 janvier :
Amedy Coulibaly, se réclamant de l'État islamique, tue une policière et blesse un agent municipal à Montrouge, au sud de Paris. Le 9 janvier, il prend en otage les clients et employés d'un supermarché casher parisien et tue 4 d'entre eux, tous juifs, avant d'être abattu en même temps que les frères Kouachi par la police.

13 janvier :

Un djihadiste présumé de 23 ans converti à l'islam et appréhendé en novembre 2014 lors d'un coup de filet à Saint Pierre les Elbeuf (Seine Maritime) et soupçonné d'appartenir à un groupe syrien, menace de mort un policier d'Elbeuf.

3 février :

A Nice, trois militaires postés devant un centre communautaire juif sont agressés au couteau. L'agresseur, Moussa Coulibaly, 30 ans, domicilié à Mantes la Jolie (Yvelines), est rapidement interpellé. Lors de sa garde à vue, il a exprimé sa haine de la France, de la police, des forces armées et des Juifs.

19 avril :

Sid Ahmed Ghlam, étudiant algérien en informatique, est arrêté à Paris. Il est soupçonné d'avoir tué une femme et de préparer une attaque terroriste imminente contre une église à Villejuif, dans la banlieue sud de Paris. Retrouvé en possession d'armes de guerre, il était connu des services de renseignement pour s'être tourné vers l'islam radical. Il a reconnu d'autres actions, notamment contre un train avec l'objectif de « tuer 150 mécréants », ou la basilique du Sacré-Cœur à Paris.

26 juin :

Yassin Salhi tue et décapite son patron, Hervé Cornara, à Chassieu (Rhône) puis, brandissant un drapeau islamique, il tente de faire sauter l'usine Air Products de Saint-Quentin Fallavier (Isère) en fonçant avec sa camionnette sur des bonbonnes de gaz avant d'être arrêté.


13 juillet :

4 mineurs âgés de 16 à 23 ans, dont un ancien militaire, soupçonnés de préparer un attentat contre le camp militaire de Fort Béar à Port Vendres (Pyrénées orientales) et de filmer la décapitation d'un officier au nom du djihad sont arrêtés. Ils prônent leur engagement dans le djihad auprès de l'État islamique.

21 août :

Un carnage est évité dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris lorsque des militaires américains maîtrisent un homme lourdement armé qui a ouvert le feu aux alentours de Oignies (Haute-Picardie). Deux personnes ont été blessées, l'une par balle et l'autre poignardée

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