SECURITE INTÉRIEURE : LA SOCIÉTÉ CIVILE DOIT S'ENGAGER

Depuis les attaques du 13 novembre 2015 et surtout après la récente vague d’attentats en France, l’engagement de tous les acteurs de la société civile est désormais une condition essentielle pour prévenir les risques et limiter l’ampleur des dommages directs et indirects que pourraient provoquer de nouvelles attaques sur notre territoire.

La sécurité Intérieure est une responsabilité collective dans laquelle les entreprises ont désormais le devoir de s’impliquer. Ces dernières ont la responsabilité morale de mettre en place des mesures de sécurité économiques et de contribuer à l’effort de guerre permettant ainsi le renforcement global de la sécurité sur le territoire national.

Se réapproprier l’Esprit de Défense

S’inscrivant dans un rapport du faible au fort, caractéristique de la stratégie indirecte et des préceptes de la guerre révolutionnaire, les terroristes cherchent des « cibles molles ». Agissant de manière décentralisée, ayant pour objectif de créer sidération et effroi moral pour terroriser les populations, ils cherchent à frapper les points faibles, là où il n’y a pas ou peu de mesure de sécurité (comme les salles de spectacle, les écoles, les centres commerciaux, les cinémas, les lieux de rassemblement…) et là où ils obtiendront un effet majeur tant en nombre de victimes que d’impact médiatique. Pour limiter les effets de cette stratégie du « bilan », il convient de créer des cercles de sécurité concentriques afin d’offrir aux coups potentiels de l’ennemi la plus petite surface possible.
L’ampleur des attaques dont a été victime notre pays (Charlie Hebdo en 2015, l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes en 2015, Nice en 2016, Notre-Dame de Paris en 2016 et 2017, le marché de Noël de Strasbourg en 2018, pour ne citer qu’eux) et la récente décapitation au couteau de l’enseignant Samuel Paty par un terroriste islamiste pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours début octobre 2020, ont modifié notre perception du risque. Le caractère plus ou moins aléatoire de ce type d’attaque doit engendrer une prise de conscience auprès des responsables économiques qui doivent se réapproprier l’esprit de défense.

Retrouver la liberté de manœuvre, reprendre l’initiative

L’opération Sentinelle lancée en janvier 2015 a eu pour vertu de protéger les points les plus sensibles du territoire (gares, places publiques, rues piétonnes, …) ; mais les autorités et les forces de l’ordre, même renforcées par l’Armée, ne peuvent plus assurer la sécurité des trop nombreux sites vulnérables. En figeant ainsi nos forces de sécurité, nous drainons de facto les terroristes vers les points les moins protégés.
Afin de rendre plus aléatoire le choix des cibles par des assaillants et les forcer à bouger pour identifier des cibles conformes à leurs impératifs (nombre de victimes et impact médiatique) et à leurs contraintes (cibles molles ayant le moins de mesures de sécurité), il convient que les forces de l’ordre retrouvent une liberté de manœuvre et soient affectées à des missions de patrouilles mobiles leur permettant d’occuper le terrain forçant ainsi l’ennemi à se découvrir. Seule cette mobilité nous permettra de reprendre l’initiative et de ne pas subir le tempo imposé par les terroristes. Plutôt que d’accepter que les terroristes frappent où ils veulent quand ils veulent, il faut les contraindre à restreindre leur champ des possibles limitant ainsi la magnitude des attaques qu’ils pourraient mener.

Mobiliser la société civile pour éviter l’asphyxie des forces de l’ordre 

Face à la menace permanente, diffuse et aléatoire à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, la sécurité intérieure est l’affaire de tous. S’il est du rôle régalien de l’État d’assurer la sécurité nationale, il ne peut plus agir seul ; c’est désormais l’ensemble des forces vives et de la société civile qui doit s’engager.
Le vivier des anciens militaires « opérationnels » ayant servi sous ``contrat court’’ et victimes des baisses d’effectifs pourrait rapidement et sur très court préavis seconder et soulager efficacement les forces de l’ordre dans des conditions administratives qu’il conviendra d’établir. De nombreux effectifs pourraient ainsi être dégagés et réattribués sur les Points d’Importance Vitale (PIV) et stratégiques tandis que des forces « supplétives » (réserve opérationnelle et à terme des agents de sécurité privée armés) s’occuperont des points d’intérêts « tactiques » évitant ainsi l’asphyxie de nos forces de l’ordre. Les forces de l’ordre et l’armée pourraient ainsi se concentrer sur leurs missions régaliennes : recherche du renseignement dynamique et exécution des procédures pénales pour les premières ; intervention sur les théâtres d’opérations extérieures comme c’est leur prérogative pour la seconde.

Mettre un place une culture de la sécurité dans les entreprises

Quant aux entreprises, il leur appartient désormais d’acquérir la culture de la sécurité économique et de mettre en œuvre les moyens de leur sécurité (diligenter les audits de vulnérabilité physique, renforcer les procédures et les contrôles d’accès, renforcer la sécurité des sites sensibles, former et sensibiliser leur personnel…). Elles doivent faire appliquer et respecter les mesures de sécurité que la situation impose afin de limiter leur exposition au risque. La question d’autoriser à terme des sociétés à disposer de gardes de sécurité armés devra aussi se poser.

Il est aujourd’hui important de mettre en place un réel continuum entre les acteurs privés et les acteurs publics de la sécurité. C’est en unissant les compétences de chacun que les moyens déployés pour la sécurité seront efficaces et porteront du fruit. Un exemple d’un continuum de sécurité public/privé qui a fonctionné serait le match de l’OL contre le Besiktas Istanbul durant la Coupe d’Europe. Grace à des moyens publics et privés et à une collaboration des forces de l’ordre et des sociétés de sécurité privées, le match s’est déroulé sans problèmes et les supporters sont tous rentrés chez eux en bonne santé.

David HORNUS

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