Le RUDDERSHIP : L'exercice du discernement mû par l'expérience pour affronter les crises.
Une situation sécuritaire explosive et volatile.
L’affaire Merah en 2012, le choc de Charlie Hebdo puis du Bataclan en 2015, de Nice en 2016 ont créé une fracture émotionnelle indélébile en France. Depuis, la litanie des attentats, assassinats, attaques au couteau à caractère islamiste... ne cesse de s’allonger en France(1), comme en Europe(2).
Nos villes(3) sont infectées par les narcotrafiquants qui y pratiquent impunément exécutions et règlements de comptes. Nos banlieues et quartiers s'enflamment de plus en plus souvent dans des épisodes de guérilla qui ont atteint un niveau inégalé lors des émeutes de l’été 2023.
Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël, la France est traversée par une vague d’antisémitisme sans précédent. Nos forces de l’ordre et de sécurité essuient presque quotidiennement des refus d'obtempérer et sont régulièrement prises à partie dans des embuscades et des guets-apens. Dernièrement, c’est un convoi pénitentiaire qui a subi une véritable attaque « commando" au péage d’Incarville et à quelques encablures des JO de Paris 2024 c’est désormais la Nouvelle-Calédonie qui s’embrase…
Le retour de la conflictualité de « haute-intensité » en Ukraine, la résurgence de conflits armés (Afrique de l’ouest, ouest de la RDC, Soudan…), de zones de chaos - comme en Haïti -, de tensions régionales (détroit d’Ormuz, Houthis, Taiwan…) exacerbent quant à eux la complexité internationale.
Dans ce paradigme sécuritaire alarmant, extrêmement volatile, évolutif, crisogène et incertain, les grilles de lecture et les postures conventionnelles ont atteint leurs limites et peuvent se montrer inopérantes à en appréhender la complexité et à identifier la manoeuvre pour en sortir.
Affronter les crises protéiformes, polymorphes, fulgurantes et inattendues qui se succèdent nécessite désormais de la part des organisations agilité, et résilience qui va au delà du concept de leadership : le ruddership.
Traverser la crise en passant du leadership au ruddership
Pour tenir aux vents mauvais, il faut aujourd’hui à ces organisations des « pilotes de guerre » ; des « barreurs » de l’extrême, capables de conduire le navire « entreprise » à bon port, en sécurité, en louvoyant, en prenant des ris, en affrontant, tels des Ulysse, embûches, tempêtes et obstacles.
Manœuvrer dans l’adversité - avoir du ruddership - requière préparation, expertise, sang-froid, lucidité, humilité, réactivité ; compétences qui ne s’acquièrent que par une expérience accrue dans la gestion de la complexité.
Dérivé de "rudder" (gouvernail en anglais) le ruddership n’est ni une évolution ni une extension du concept de leadership traditionnel qui n’est que l’exercice de l’autorité. Le leader, aussi bon soit-il dans des conditions ordinaires n’a pas forcément de ruddership dans des conditions extraordinaires. Avoir du ruddership n’implique pas nécessairement d’avoir un leadership exacerbé. Il convient cependant d’avoir la capacité à s’imposer quand celui-ci fait défaut, ou quand les circonstances l'exigent.
Quand le mot d’ordre du leadership est « suivez-moi !», celui du ruddership est « allons-y !».
S’appuyant d’abord sur les « softskills » d’intelligence situationnelle, émotionnelle et d'empathie, le ruddership intègre des compétences et des stratégies spécifiques définissant la capacité à orienter et diriger avec flexibilité, précision et clairvoyance une organisation à travers les défis modernes et les opportunités émergentes.
Le ruddership peut se caractériser par une vision adaptative, une pensée systémique, une agilité décisionnelle et une culture de l'innovation. Il permet la gestion des dynamiques changeantes, l'anticipation des imprévus et l'adaptation rapide aux nouvelles circonstances, tout en maintenant un cap stratégique cohérent.
C’est l’exercice du discernement mû par l’expérience.
David HORNUS
2) Bruxelles 2016 et 2023, décapitation d’un chef d’entreprise (Hervé Cornara ) à Saint-Quentin-Falavier en 2015, assassinat du Père Hamel en 2016, assassinat de Samuel Paty en 2020, de Dominique Bernard à Arras en 2023 et tant d’autres…attentats du Crocus City Hall de Moscou le 22 mars 2024)
3) 47 en 2023 pour la seule ville de Marseille

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